Yucatán, Mexique
Le cénote sacré de Chichén Itzá
Cette fiche est là pour le contraste. Tout le reste de ce guide décrit des lieux où l'on est bienvenu à faire un vœu. Le cénote sacré est un lieu où l'on a fait pendant des siècles les offrandes les plus lourdes de conséquences de la région, et où l'on demande aujourd'hui aux visiteurs de ne rien donner du tout.
Un trou dans le calcaire
La péninsule du Yucatán n'a presque aucune rivière de surface. La pluie traverse le calcaire et rejoint un réseau souterrain, et là où la roche s'effondre s'ouvre un cénote — un puits naturel, parfois large de plusieurs dizaines de mètres, avec l'eau loin sous le sol.
Dans un paysage pareil, un cénote n'est pas un décor. C'est la ressource en eau, et c'est aussi l'ouverture visible du monde souterrain. Le cénote sacré de Chichén Itzá fait environ soixante mètres de large, avec des parois verticales descendant jusqu'à une eau située une vingtaine de mètres sous la margelle. Il n'a jamais servi à boire. Une chaussée de trois cents mètres y mène depuis le centre de la cité, ce qui dit assez à quoi il servait.
Ce qu'on y a jeté
Les dragages et les plongées menés depuis le début du XXᵉ siècle ont remonté des disques et des grelots d'or, du jade, du cuivre, de l'obsidienne, de la céramique, des objets de bois conservés par l'eau, des textiles, du caoutchouc, et de grandes quantités d'encens de copal. Il y avait aussi des restes humains, d'adultes et d'enfants.
Les offrandes étaient destinées à Chaac, le dieu de la pluie. Là où une saison des pluies manquée signifie la famine, la logique n'a rien de mystérieux : on donne ce qu'on a de plus précieux à l'ouverture qui mène au dieu qui commande l'eau. Une grande part de l'or n'était pas locale — il venait d'Amérique centrale, à des centaines de kilomètres, ce qui signifie que ces objets ont été acquis spécifiquement pour être abandonnés.
Les premières récupérations furent elles-mêmes une forme de pillage : Edward Thompson, consul américain qui dragua le cénote à partir de 1904, expédia l'essentiel de ses trouvailles vers un musée des États-Unis, et le litige sur leur restitution dura des décennies.
Pourquoi on n'y jette rien
Chichén Itzá est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO et le cénote est un dépôt archéologique encore étudié. Les pièces qu'on y jette aujourd'hui sont une contamination au sens technique : elles se corrodent, elles libèrent du métal dans l'eau, et elles s'insèrent dans une stratigraphie que des gens essaient de lire.
La baignade est interdite. Jeter quoi que ce soit aussi. D'autres cénotes du Yucatán se visitent et se baignent, et ils sont magnifiques ; celui-ci est une sépulture et une archive.
Il faut le dire nettement, parce que le réflexe que décrit tout ce guide — voir de l'eau, chercher une pièce — est ici exactement le mauvais réflexe.
Si vous y allez
Le cénote se trouve au bout du sacbé, la chaussée blanche surélevée qui part vers le nord depuis la grande place et El Castillo. La marche prend cinq minutes et la plupart des visiteurs la sautent, ce qui en fait l'une des parties les plus calmes du site.
Arrivez tôt. Chichén Itzá ouvre à huit heures et les autocars de Cancún et de Mérida débarquent en force à partir de onze heures environ.
En bref
- Diamètre
- Environ 60 mètres
- Offert à
- Chaac, le dieu de la pluie
- Retrouvé
- Or, jade, copal, textiles, restes humains
- Aujourd'hui
- Ni baignade ni offrande — archéologie protégée
Les questions qu’on nous pose
- Peut-on jeter une pièce dans le cénote sacré ?
- Non. C'est un dépôt archéologique protégé au sein d'un site du patrimoine mondial. Y jeter des pièces le contamine, et la baignade est interdite.
- Le cénote servait-il à boire ?
- Non. Chichén Itzá disposait d'autres cénotes pour l'eau. Celui-ci était réservé aux offrandes, et une chaussée cérémonielle le relie au centre de la cité.
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